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Breaking News  

 

À l'heure où une grande partie de la population est branchée sur un programme de télé-réalité et où les acheteurs des chaînes cherchent la version qui fera le plus d'audience, Breaking News pose la question à laquelle tout le monde pense : jusqu'où tout cela ira-t-il?

Dans ce dernier film de Johnnie To, la police, qui avait été au préalable ridiculisée par une bande de malfrats devant les caméras de nombreux journalistes, décide d'équiper les policiers qui se lanceront à la poursuite de ces gangsters de caméras miniatures, afin de montrer à la population qu'elle sait encore se faire respecter.
Évidemment les choses ne se passeront pas de cette façon, et la police de Hong-Kong en viendra à faire mentir les images pour convaincre les spectateurs qu'elle maîtrise toujours la situation.

À partir de cette trame, c'est un véritable parallélisme entre télé-réalité et manipulation de la population que le cinéaste Chinois met en place, montrant par la même occasion que la frontière est fine entre les deux.
Ainsi, Johnnie To inverse les rôles en nous peignant des gangsters au grand cœur (l'incroyable Richie Jen dans le rôle de Yuan) face à des policiers sans scrupules (la magnétique Rebecca interprétée par Kelly Chen). Seul Heng (Nick Cheung), policier de la criminelle, réussira à sortir son épingle du jeu en refusant de participer à cette mascarade.

Mais pour faire cette critique de la télévision, le réalisateur utilise une véritable grammaire de cinéma, comme ces quelques splitscreens qui, plus que le montage alterné, opposent les membres rivaux du film.
De plus, cette façon de ne pas faire de plans d'ensemble ou d'élargir le cadre pendant la fusillade du début est assez étrange : chaque groupe est montré séparément, comme pour faire comprendre au spectateur que les entités qui s'affrontent sous leurs yeux ont une dimension beaucoup plus métaphorique, qui ne se limite pas aux individus eux-mêmes, et la caméra n'hésite pas à tourner le dos aux supposés "méchants" de l'histoire, comme pour nous dire que les rôles seront bientôt inversés.

Mais ce qui est le plus frappant dans cette technique de réalisation, c'est le plan-séquence qui ouvre Breaking News. Ces sept minutes (qui ont nécessité trois jours de travail) sont d'une fluidité déconcertante, et donnent une impression de surréalisme poétique à la scène avant le cut qui marque le début de la poursuite.
En cinéma, plus on laisse d'espace à ce qui se trouve devant la caméra, plus on risque de ne plus pouvoir contrôler ce qui s'y déroule.
Et dans Breaking News c'est cette place laissée au risque, que ce soit à l'intérieur du cadre ou dans les choix des personnages, qui rend ce film captivant, et qui l'élève beaucoup plus haut qu'un simple film d'action.

*L'utilisation des photos nous a été accordée par Le Public Système Cinéma. Merci de ne pas les copier.*

 

Marie Guyot (20 avril 2005).

 

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