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Clean  

 

“Quand on n'a pas le choix, on change.
Emily n'a qu'une obsession : récupérer son fils, que ses beaux-parents élèvent loin d'elle.
Pour y parvenir, il faudra qu'elle reconstruise sa vie ... qu'elle devienne “clean”.”
Contrairement à ce que laisse croire ce résumé supposé attractif du film, Clean transpire de finesse. Olivier Assayas ne dresse pas ici le portrait d'une droguée qui veut s'en sortir, mais celui d'Emily, une femme qui se retrouve soudain à devoir lutter contre le monde qui l'entoure pour reconstruire sa vie.

Très vite elle comprendra que le plus difficile à affronter sera le regard de son fils qu'elle n'a pas pu élever elle-même, et que c'est uniquement la quête de ce nouveau lien qui lui permettra définitivement d'être “clean”.
Mais surtout, la construction de cette relation rendra le film magnifique de simplicité, Emily n'ayant pas d'autres choix que de dire les choses telles qu'elles l'ont été à son fils, sans essayer de les enjoliver.

De plus, la force de Clean est aussi dans son universalité. Grâce à Maggie Cheung tout d'abord, qui a uniquement besoin d'entrer dans le champ pour l'irradier. Loin de la femme qu'elle incarnait dans In the Mood for Love, Emily, trilingue, ayant vécu sur plusieurs continents, n'a pas réellement d'attaches. Ce que certains pourraient interpréter comme une perte d'identité est au contraire pour elle un passeport vers la liberté.

Mais la présence de Maggie Cheung mise à part, ce sont les origines diverses des acteurs du film, ainsi que les quatre lieux dans lesquels se déroule l'action (le Canada, Paris, Londres et San Francisco), qui donnent à Clean toute sa force. En navigant de l'un aux autres, Assayas réussit à rendre les personnages secondaires du film aussi importants qu'Emily.
Et surtout, sans avoir à insister lourdement sur leur passé, grâce à de petits signes, il leur donne une véritable épaisseur : en se mettant à créer des dossiers, Albrecht tentera d'organiser sa vie pour ne pas manquer ce qui reste à en sauver; en courant dans le jardin à la mort de son fils, Rosemary annoncera ce qui sera son comportement par la suite; en déclarant qu'elle ne parle plus à Irène, Elena affirmera sa rupture avec son passé ...

C'est grâce à ces petits détails, et si on oublie les mouvements de caméra franchement brutaux du début très “rock’n roll” du film, que Clean devient bouleversant : c'est cette finesse qui fait sa force en lui évitant de devenir larmoyant.

 

Marie Guyot (17 septembre 2004).

 

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