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Farenheit 9/11  

 

Si quelque chose de juste a été dit dans la presse à propos du dernier film de Michael Moore, c'est bien que l'esthétique n'était pas au rendez-vous.
Bien sûr, on ne peut pas comparer un chef-d'œuvre du genre comme In the Mood for Love avec un documentaire qui utilise des images tournées par la télévision! D'ailleurs, quatre ans plus tôt, le film de Wong Kar Waï n'avait pas reçu la Palme d'Or au festival de Cannes.

Il est entendu que le but de Michael Moore n'est pas de devenir le nouveau Chris Marker, mais plutôt de montrer à ses concitoyens, et au reste du monde, ce que les États-Unis tentent de camoufler.
Comment nous rappeler alors que Georges W. Bush Jr. a été élu tandis que le nombre de votes désignait Al Gore comme vainqueur? Comment nous montrer alors jusqu'à quel point la chute des Twin Towers et la mort de toutes ces personnes ont laissé le Président de marbre? Comment nous expliquer alors les liens qui unissent les familles Bush et Ben Laden?
La véritable question que ceux qui rejettent Farenheit 9/11 auraient dû se poser c'est "Comment faire un film sur ce sujet sans montrer les seules images qui existent?".

Évidemment, Michael Moore espère que son film pèsera en faveur de John Kerry dans la balance des élections, et nous pouvons nous demander si choisir le moins grave des deux candidats est réellement une solution, tous deux ayant voté en faveur de la guerre en Irak. En France, Jacques Chirac a mis en place une politique qui n'avait pas été aussi à droite depuis bien des années alors que s'il a été élu avec 82% des voix, c'était uniquement pour éviter que Jean-Marie Le Pen devienne Président de la République.
Mais ce qui compte réellement c'est que Michael Moore nous montre des images qui n'avaient jamais été diffusées aux États-Unis, ou qui avaient été coupées de façon à être interprétées plus innocemment, comme cette séquence pendant laquelle Georges W. Bush Jr. passe d'un discours sur le terrorisme au golf sans aucun état d'âme.

De mémoire de festival, aucun film à Cannes n'avait connu une telle salve d'applaudissements, une telle "standing ovation" que celle reçue par Farenheit 9/11. Et aucun Président des États-Unis n'avait eu le droit à un film aussi accusateur.
Quoi qu'on puisse penser des méthodes de Michael Moore, ce que certains perçoivent comme du culot est en fait du courage, et il convient de saluer sa Palme d'Or, ne serait-ce que parce qu'elle permet de faire triompher la liberté d'expression.

 

Marie Guyot (4 août 2004).

Commentaire :

"En fait j'ai remarqué qu'on accusait beaucoup Moore de «manipulation de l'opinion du spectateur», dans les médias (en tout cas ici au Québec). Les simili-critiques qui avancent des arguments aussi idiots n'ont certainement aucune formation spécifique par rapport au septième art: comme si un film, ou pire un documentaire, *pouvait* être objectif. Il est tout à fait naïf de parler d'objectivité dès qu'on parle de cinéma: «rien n'est plus subjectif que l'objectif», comme le disait l'autre..." par Ariane le 23 décembre 2004.

 

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