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Les Enfants  

 

Les Enfants est ce que nous pourrions appeler un film sociologique. Se penchant sur les problèmes que peuvent éprouver les familles recomposées, Christian Vincent tente avec son film de refléter l'évolution de notre société : du schéma classique un père + une mère = une moyenne de deux enfants, nous sommes arrivés aujourd'hui à l'ère des familles monoparentales, de l'autorité partagée, des week-ends sur deux et des moitiés de vacances.

Adapté d'un roman, Les Enfants garde malheureusement sa structure avec le chapitrage des différentes parties du film ("La rencontre", "Les vacances"...). Et l'arrivée d'un narrateur à la fin (même si sa façon d'abréger l'histoire nous frustre), en transformant le "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" en un "et ils vécurent heureux loin de leurs enfants", a pour inconvénient de faire entrer le film dans la catégorie des contes.
Car la vie des familles auxquelles le film s'attache n'a rien en commun avec la vie de belles princesses et de valeureux chevaliers, et ce n'est magique ni pour les enfants, ni pour les parents.

Toutefois, l'inversion des clichés d'antan, en nous confrontant à leurs frères contemporains, permet aux acteurs principaux d'exercer leur talent loin des rôles où on les cantonne d'habitude.
À l'opposé de la nunuche du Rôle de sa vie, Karin Viard incarne ici Jeanne, une femme divorcée résolument équilibrée, épanouie et qui ne se laisse pas envahir par son ex-mari ("Dis-lui que je le rappelle"). Inversement, Gérard Lanvin interprète Pierre, un homme qui ne comprend pas que son ex-femme n'accepte pas l'idée qu'il puisse être heureux sans elle, et qui pense que c'est en étant coulant avec ses fils qu'il pourra éviter les conflits.

Mais pour ce casting providentiel, quelques détails dans les dialogues de Christian Vincent font malheureusement perdre à l'histoire une partie de sa crédibilité. Ainsi, la proposition que fait Jeanne à Pierre dans le grenier lors de la partie de cache-cache sonne légèrement faux dans la bouche de Karin Viard, et semble donc forcée, même si le couple a l'habitude de prendre tous les appartements qu'il visite comme témoins de ses ébats. Ce qui apparaît comme un désir soudain de faire sortir les dialogues de la routine est d'autant plus problématique que cela nous déconnecte de la croyance que nous avions investie dans le duo. L'idée que Jeanne et Pierre peuvent effectivement former un couple n'est alors plus vraiment crédible et nous nous mettons à chercher la faille.
De même, c'est un détail mais entendre Karin Viard dire qu'elle a trente cinq ans a réellement tendance à nous surprendre.

Les Enfants nous laisse finalement l'impression d'un film inachevé, dont l'histoire a souffert de quelques raccourcis. Ainsi, le fait que les cris des enfants éclipsent la détresse des parents nous amène malheureusement à croire que Jeanne quitte Pierre, après l'avoir forcé à emménager chez elle, parce qu'elle est indécise.
Par chance, les deux plans sur la ville qui figurent des ellipses temporelles disséminent un peu de poésie dans ce brouhaha.

*L'utilisation des photos nous a été accordée par Pathe Distribution. Merci de ne pas les copier.*

 

Marie Guyot (6 avril 2005).

 

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