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Neverland  

 

Que dire de Neverland si ce n'est qu'il n'est presque pas exagéré de le qualifier de chef-d'œuvre?!
En prenant comme thème la façon dont James M. Barrie a écrit Peter Pan, c'est sur toute la magie du pays imaginaire que le film de Marc Forster s'appuie.

Nous sommes ici en face d'une philosophie de la vie à laquelle nous devrions penser plus souvent : savoir garder son âme d'enfant n'est pas incompatible avec le fait d'être adulte, et cela peut même parfois permettre de mieux aborder la vie, et l'avenir.
Nous retrouvons cette équation dans Neverland car ce film sait être enfantin et drôle tout en étant grave et sérieux. Ainsi, les scènes de comédie créées grâce à l'imagination débordante de J.M. Barrie (la danse de l'ours Porthos ou la transformation de la grand-mère en Capitaine Crochet) y côtoient de lourdes questions comme le divorce ou la mort, sans que cela ne soit déplacé.

De plus, la féérie du conte est soutenue par la beauté de la photographie (de Roberto Schaefer) et des décors, ainsi que par la fluidité de la musique (il faut noter d'ailleurs qu'Elton John et Bernie Taupin ont composé un morceau pour le film). Et tant pis si Neverland n'est pas purement fidèle à la réalité qu'a vécue James M. Barrie aux côtés de Sylvia Llewelyn Davis et de ses enfants, car cela n'empêche pas la magie du film de nous gagner.

Neverland est aussi une pure merveille grâce aux acteurs qui ne semblent même pas jouer, mais irradient l'écran par leur présence. Kate Winslet est aussi simple et charmante en incarnant Sylvia qu'elle l'était dans Heavenly Creatures (Créatures Célestes), de Peter Jackson, qui l'a révélée bien avant Titanic. Johnny Depp réussit comme d'habitude, en incarnant l'écrivain, l'exploit d'être à la fois charmeur (la cuillère en équilibre sur le nez à table ou l'arrivée en costume d'indien), touchant (lorsqu'il raconte sa douleur à la mort de son frère) et touché (par Sylvia, tout au long du film). Mais l'étonnement nous vient surtout des jeunes acteurs qui jouent les enfants de Sylvia : ils sont tous plus surprenants les uns que les autres.

Mais Neverland n'est pas qu'un film qui nous apprend comment l'inspiration est venue à James M. Barrie : c'est aussi le symbole de l'histoire du cinéma. Du texte écrit nous avançons vers le théâtre et nous voici à la fin du XIXème siècle, à la naissance du septième art. C'est alors que les querelles éclatent quant à la place de cet art : littéraire ou de l'image?
Et lors de la magnifique séquence annonçant la mort imminente de Sylvia, tandis que les murs du théâtre s'écartent, Marc Forster nous montre en un instant ce qu'est devenu le cinéma en un siècle, magnifique lien visuel entre la pensée écrite et une imagination sans limite, grâce au pouvoir des images.

*L'utilisation des photos nous a été accordée par TFM Distribution. Merci de ne pas les copier.*

 

Marie Guyot (6 mars 2005).

 

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