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The Dillinger Escape Plan, Miss Machine  

 

Nombreuses sont les formations de métal, hardcore, grindcore, death etc... à faire la course au groupe qui fera l'album le plus violent, le plus inécoutable, le plus techniquement abouti de la sphère des musiques radicales, pour satisfaire un désir qui reste pour moi toujours aussi mystérieux. Dillinger Escape Plan avait réussit avec son précédent album Calculating Infinity à mettre tout le monde d'accord : on ne peut pas écouter plus de trois titres d'affilé de ce disque, la musique étant d'une complexité et d'une violence indescriptible. Je n'ai pas boudé mon plaisir en prenant une semaine pour l'écouter en entier, le digérer et l'apprécier à sa juste valeur.

Bien sûr certains irréductibles "Coreux", Homo Sapiens très énervés qui passent leur vie à chercher le fameux disque le plus violent du monde, sont capables de réduire leur cerveau à néant en écoutant Dillinger Escape Plan, Cephalic Carnage, Brutal Truth, Meshuggah et plein d'autres groupes aux noms très drôles, toute la journée sans cligner des yeux, sans boire une goutte d'eau et sans ouvrir la porte à leur maman qui leur avait pourtant préparé un très bon quatre heure. Ces "Coreux", comme on les appelle, vous diront que le premier album de Dillinger Escape Plan s'écoute en entier avec beaucoup de plaisir, et que c'est aussi facile que d'aller chercher une baguette de pain. À ce niveau là je dirais que la boulangerie est à 20 Km, que l'on n'a que ses deux jambes pour se déplacer, qu'il neige et que la boulangerie est ... fermée. Mais le "Coreux" accomplira ce terrible périple car il est incroyablement fort diront certains, ou majestueusement con diront d'autres. Dillinger allait donc rester avec cet album un groupe qui avait réussit le prodigieux pari de faire un disque impossible à reproduire, et à écouter.

Mais la surprise a été grande lorsqu'en 2002 Dillinger sortit un album 4 titres avec la participation de Mike Patton (ex-Faith No More, actuel chanteur de Fantomas, Mr Bungle, Tomahawk...). Étant un grand admirateur de monsieur Patton, je me suis précipité sur ce disque qui m'a dès la première écoute complètement calmé. Une reprise incroyable du Come to daddy d'Aphex Twin et trois compositions d'une qualité assez rare pour être remarquée. Cet album a permit a Dillinger d'élaborer avec plus de finesse sa musique, avec des structures plus abordables, et de belles mélodies qui leur manquaient cruellement jusqu'à présent.

Dillinger n'allait donc pas rester un groupe rangé dans mon bac “disques sympas à écouter une fois par mois maximum pour ne pas risquer un sentiment d'oppression pouvant entraîner une perte totale de maîtrise de soi”; mais pour confirmer cela il fallait un nouvel album.

C'est en juillet 2004 qu'est sorti Miss Machine, avec un beau combo CD+DVD, mais aussi avec un graphisme d'un mauvais goût certain. Commençons par nous débarrasser du DVD qui, à mon humble avis, a été rajouté parce que "ça fait bien de rajouter un DVD pour justifier le prix toujours aussi exorbitant des disques". Ce DVD, donc, contient plusieurs lives mal filmés, mal enregistrés et qui ne reflètent pas du tout l'intensité que peut avoir Dillinger en concert (je parle en connaissance de cause). Passons sur cette erreur, que d'ailleurs tous les groupes qui sortent des bonus DVD font, et recentrons nous sur le plus important : l'album.

Insertion de la galette dans ma platine, réglage du volume à un niveau plus que correct : PLAY ... au bout de trois secondes, STOP ... réglage du volume à un niveau un peu inférieur après m'être relevé de ma chute ... re-PLAY. Premier titre, déception, deuxième titre, déception. Pourquoi donc avoir sorti un disque, me dis-je, si c'est pour faire la même chose que sur le précédent album? Mais persévérons, mettons la trois. Et là, soulagement, la foule en délire, des milliers de personnes crient leur liberté ... merci. Les deux premiers titres étaient donc une blague (j'ai beaucoup rit). Un morceau construit, un refrain entraînant, des passages déstructurés mais pas trop longs, un passage avec une rythmique électro, le chanteur (nouveau venu soit dit en passant) varie son chant.

Deuxième blague : piste 4, re-chute par terre, re-désespoir. Mais blague disais-je car la suite réconfortera mes oreilles : des morceaux incroyables, de belles mélodies, beaucoup d'arrangements électroniques bien trouvés enrichissant la musique de Dillinger qui prend son envol avec des titres comme Phone Home, Setting Fire to Sleeping Giants (chanson très passable en radio avec un refrain chanté à la manière d'un bon titre Punk-Rock), Unretrofied (la chanson «lover» de l'album qui prend des allures de Faith No More dans son refrain planant et grandiloquent). Bref, une agréable surprise et un disque qui tournera longtemps sur ma platine.

Ajoutons toutefois quelques bémols: certes c'est un album réussit et un bon présage pour la suite de la carrière de Dillinger, mais le tout reste en dessous du niveau qu'avait atteint le groupe avec Patton. Le nouveau chanteur commet d'ailleurs quelques erreurs en s'inspirant un peu trop de Patton et perd donc souvent son identité; résultat le disque n'est pas complètement abouti et Dillinger se retrouve parfois à manquer de personnalité. L'avenir nous dira donc si Dillinger peut passer un nouveau cap en étant plus homogène dans ses titres, et si le chanteur saura trouver une touche personnelle pour éviter à l'auditeur de sentir d'où viennent les influences et de ressortir de l'écoute du disque avec un sentiment de déjà-vu. Et il faudra aussi penser à changer de graphiste, vraiment ça donne pas envie une pochette aussi laide ...

 

Jean-Guillaume Panis (27 août 2004).

 

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