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On Dirait Nino | ||
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L'industrie musicale française n'a jamais été fervente de ce que les américains appellent des "tribute". C'est d'autant plus regrettable que les anglo-saxons, amateurs de ce genre d'hommages à des artistes, ont plus d'une fois prouvé à quel point le principe de ces compilations est bon. Le regroupement de reprises d'un artiste, reconnus par d'autres, talents en devenir ou accomplis, est parfois fantastique et offre une autre perpective pour aborder une œuvre. Les rares tributes consacrés à des artistes français ont plutôt été réussis : seuls Polnareff et Gainsbourg, avaient déjà eu cet honneur. On ne peut donc que féliciter les deux fils de Nino Ferrer, gardiens de la mémoire phonographique paternelle, d'avoir monté On dirait Nino, initiative en hommage à leur père. En effet, s'il est bien un chanteur français qui est méconnu, voire même méprisé, c'est bien Nino Ferrer. On ne retient trop souvent de lui que ses chansons rigolotes : Le Téléfon, Mirza. Ses compositions sérieuses, sensibles et personnelles n'ont été reconnues que très rarement : son excellent album, La désabusion, n'a jamais réussi à rencontrer son public. Le défi à relever pour les participants à cet album-hommage est difficile : soit ils se contentent d'une reprise à la lettre sans aucun relief, soit ils tentent d'imposer leur version propre de la chanson, avec leur personnalité et le double risque de massacrer une très belle chanson et de perdre leur crédibilité. Cet album n'échappe pas d'ailleurs à la règle, avec ses réussites formidables, ses déceptions et ses ratés retentissants. Les "révélations 2005 des Victoires de la musique", Daniel Darc et la Grande Sophie, ont malheureusement tous les deux loupé le coche. La révélation scène de l'année (sic), continue dans la veine qui a fait qu'elle réussit enfin à remplir des salles après neuf années de bonne musique et de galères devant des salles à moitié vides. Son Je veux être noir n'a aucun relief, ressemble au rock FM qu'elle chante désormais et enlève au texte original tout ce qui en faisait sa richesse. Daniel Darc, interprète de l'album révélation de l'année (re-sic), ex-punk de Taxi Girl (1980), rate son Rondeau : il pose avec talent un texte à peine chanté sur une instrumentation lancinante, mais la scansion du texte qu'il déclame n'a rien d'original et fera immédiatement que tous les mélomanes penseront à un mauvais plagiat de L'Hôtel Particulier de Gainsbourg. Une pléiade de talents confirmés, ne font guère mieux. M, Cali, Miossec, Tété, Art Mengo n'ont rien réussi et rien tenté. La reprise des bonnes chansons qu'ils effectuent chacun de leur côté n'apporte rien, ils chantent du Nino Ferrer comme ils chanteraient du Jean-Jacques Goldman ou du Pascal Obispo dans un karaoké un samedi soir. Leur interprétation, bonne cependant, n'apporte rien de nouveau aux textes, aucun surcroît d'émotion et n'intéressera finalement que leurs fans, avides de la collection d'inédits. Les très bonnes surprises d'On dirait Nino viennent essentiellement de gens un peu moins reconnus. Fabien Martin reprend l'oublié Riz Complet d'une manière originale, déroutante même par rapport à la discographie qu'on lui connaît. JP Nataf, par son interprétation de Oh! Eh! Hein! Bon!, démontre aussi qu'il mériterait enfin un nom autre que celui que la presse se sent obligé de lui attribuer : Jipé des Innocents. Héléna démontre, s'il en était encore besoin qu'elle est bien plus qu'une jolie fille, petite sœur de ... et femme de ... et ex-top modèle. Tout son talent se dévoile dans une reprise subtilement nostalgique du Téléfon. Venus réussit aussi avec The South, une belle chanson très indy-rock, originale, bien orchestrée, véritable transfiguration artistique d'un chef-d'œuvre reconnu. Et, de ces quinze chansons, émerge un chef-d'œuvre. Entre des artistes confirmés qui revêtent un déguisement étriqué de Nino Ferrer et d'autres qui ne prennent même pas la peine de changer de vêtements, Arno met son plus joli Perfecto au cuir râpé, rock'n'roll oblige. Son Mirza, simplement orchestré et chanté avec sa pointe d'accent, transforme le succès de Nino Ferrer en une chanson qu'on croit simplement écrite pour lui. Elle lui va comme un smoking sur mesure, ajustée au millimètre. Quels malins ces belges, quand même, ils nous ont refilé Johnny Hallyday, il y a quarante ans pour nous pourrir notre paysage musical en nous faisant croire que c'était l'Elvis francophone. Astuce géniale pour être les seuls capables de chanter du rock à la française.
Labosonic (8 mai 2005). |
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